Noémi

Certains disent de la petite ville de Braine-le-Comte qu’on y dort mais qu’on n’y vit pas. Car nombreux sont les navetteurs qui travaillent, étudient et même sortent ailleurs. Braine-le-Comte, ville morte ? Certainement non ! Et la Gôjo cantine prouve au contraire qu’il y a de la joie là-bas et que les Brainois ont le sens de la rencontre et du lien quand on leur donne l’occasion d’en faire et d’en tisser. Noemi, jeune entrepreneure au sourire contagieux, flanquée de son associé, Jairo, est au four et au moulin de cet endroit pas comme les autres qui crée un peu de magie autour d’une part de quiche ou d’une tasse de thé.

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Noémi

La Gôjo cantine c'est un peu l'histoire de gentils qui ont décidé de faire du business

La bougeotte

Aujourd'hui, Noémi a 33 ans, une petite fille et quelques kilomètres déjà dans les pattes. L'école et la vie métro-boulot-dodo, c'est pas vraiment sa tasse de thé. Après des études secondaires artistiques, elle roule sa bosse entre petits boulots dans le secteur de l'infographie ou de l'Horeca et voyages aux quatre coins du globe. Devenue maman célibataire, Noémi décide de se poser. Et elle se pose ... dans une caravane reçue pour ses trente ans - elle a toujours rêvé de tailler la route !- qu'elle transforme aussi sec en foodtruck.

Installée devant la gare de Braine l'Alleud elle vend thés et cafés, quiches, sandwichs améliorés et autres douceurs express. Avec le "Morning Cup", Noémi redécouvre les Brainois. "J'étais là tous les jours de la semaine, dès potron-minet. Mes clients sont devenus des habitués avec lesquels je taillais volontiers une bavette. Et j'ai réalisé qu'en réalité, si les gens ne sortaient pas à Braine, c'était faute d'un lieu convivial où il ferait bon passer quelques minutes ou quelques heures et où les gens n'auraient pas peur de parler entre eux."

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La sédentarisation

Si Noémi aime sa vie nomade et le contact avec les gens rencontrés au hasard des localisations et des événements au milieu desquels elle installe sa jolie caravane noire et sa bonne humeur, la vie de nomade est difficilement compatible finalement avec sa petite fille. "C'était vraiment assez dur physiquement. Au début, je gérais tout toute seule mais finalement ça s'est avéré impossible de tenir la distance. Avec la caravane, j'avais l'impression que tout se mélangeait et qu'il n'y a avait pas de séparation entre ma vie professionnelle et ma vie privée" se souvient la bourlingueuse. 

Noémi engage alors de temps en temps des extras pour lui donner un coup de main et c'est comme cela qu'elle rencontre Jairo, avec lequel l'entente professionnelle est immédiate. Boostée par la belle expérience de la caravane et la qualité des liens qu'elle a établit avec sa clientèle, Noémi rêve de s'installer à demeure. Juste en face de sa caravane, à quelques mètres de la gare, un bâtiment vide semble, quant à lui, rêver d'être occupé. C'est un ancien café de village : inoccupé depuis 7 ans, il est en triste état. Il sera parfait décident Noémi et Jairo, qui s'est lui aussi lancé dans l'aventure.

Il ne reste plus qu'à convaincre le propriétaire :  "Au début, le plus dur, ça a été de convaincre les gens que notre projet tenait la route. Sans aucune expérience, sans argent et à notre jeune âge, nous n'étions sans doute pas très crédibles. On a compensé tout cela par beaucoup de persévérance, autant d'enthousiasme et un grain de folie." Finalement, le propriétaire du lieu accepte de le jouer à la jeune équipe qui se met aussitôt au travail

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La transformation

Aussitôt dit, aussitôt fait. Noémi, Jairo et quelques uns de leurs amis se lancent dans l'impressionnante transformation du bâtiment. Laissé à l'abandon après quelques années d'occupation comme débit de boisson, il est en triste état. A coups de masse, de conteneurs, de spatules, de pinceaux, Noémi transforme peu à peu le chancre en un lieu chaleureux dont on a envie de pousser la porte. En quelques mois, le bâtiment reprend vie et au mois de novembre dernier, il est fin prêt pour accueillir ses premiers clients.

Le bâtiment qui ne se prête pas forcément à ce genre d'occupation est assez petit et tout en longueur. Noémi et Jairo jouent la carte 'de longues tables conviviales et d'un grand bar qui joue les Matériaux de récupération, couleurs claires, lampadaires en roues de vélo,

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La mayonnaise

Dans le même temps, elle lance un crowdfunding sur Ekifin, une plateforme de financement participatif brainoise, et en profite pour créer une coopérative. "On était pas assez forts pour se lancer tout seuls. On s'est lancé en coopérative parce qu'on est plus intelligent à plusieurs. On avait aussi besoin de capital naturellement et la coopérative permet d'ouvrir le capital à tout le monde." Les parts de coopérateurs, mises en vente par l'intermédiaire du crowdfunding, remporte rapidement un joli succès et les coopérateurs commencent à se fédérer autour du projet.

"Avec la coopérative, les gens de la région se sont sentis impliqués dans notre projet. A Braine, on a l'impression que les gens ne se connaissent pas, qu'ils ne vivent pas la mais ne font qu'y dormir. Mais avec la caravane, je m'étais rendu compte qu'en réalité les gens se connaissent et que la seule chose qui leur manquait c'était un lieu pour se rencontrer. un lieu où on a pas peur de se parler, ouvert à tout le monde. C'est pour cela aussi qu'on a créé la coopérative : pour permettre aux gens de s'investir dans un lieu qui serait aussi un peu le leur."

Et la mayonnaise prend en effet assez rapidement.

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