Kathleen

Au coeur du Brabant wallon, dans le joli village d'Ittre, il est un petit magasin pas tout à fait comme les autres. Avec ses fruits et légumes attendant sagement d'être pesés; ses graines, céréales, fruits secs et autres féculents en file indienne dans leur costume transparent et quelques prometteuses effluves s'échappant indolemment du rayon frais qui trône au milieu, il pourrait ressembler à tous les autres magasins bios en vrac. Bee-ô-village n’est pourtant pas un magasin comme un autre. Derrière lui se cache le joli projet d’une poignée de citoyennes qui ont voulu sauver leur « petit maga » et tous les liens qui s'y nouaient. Parmi elles, Kathleen, juriste de formation, professeur de yoga et de reiki par passion, mène la barque de cette coopérative très locale.

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Kathleen

Les femmes fonctionnent beaucoup par idéal. Elles carburent à l'idéal.

Un village sans petit magasin

A l'origine, il y a Fettouma qui tient l'épicerie du village, franchisée d'une grande enseigne. C'est un point de chute bien utile dans le village brabançon pour les courses d'appoint, quand les grandes surfaces les plus proches sont à quelques kilomètres. Mais, grâce à la jolie convivialité que Fettouma y a installée, c'est aussi et surtout un lieu où il fait bon se croiser et discuter entre voisins.

Aussi, quand, suite à un chantier qui se prolonge pendant de trop nombreux mois, l'épicerie doit fermer, les clientes de Fettouma, qui sont aussi ses amies, se mobilisent pour la soutenir. Pas question de laisser l'épicerie fermer !
"Quand le magasin a fermé, on s'est toutes dit que nous ne voulions pas d'un village sans petit magasin. On aimait toutes s'y rendre, c'était un lieu de rendez-vous. On a commencé à discuter et à chercher une solution pour le sauver" se souvient Kathleen. Une inondation bien mal venue complique encore la situation en ravageant le local et en dévastant tout le matériel.
"A ce moment-là, on aurait pu croire que c'était terminé. Le local était devenu inutilisable et tout était à recommencer à zéro. On a commencé à chercher un autre emplacement mais nous n'avons trouvé aucun local qui soit aussi bien situé."

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Une coopérative pour une épicerie

Les villageoises entendent parler d'une épicerie dans les Ardennes créée sous forme coopérative et financée grâce à l'investissement citoyen. C'est peut-être la solution pour financer une partie des investissements nécessaires et pour faire de l'épicerie un projet du village tout entier. "Dès qu'on a commencé à envisager les choses sous la forme d'une coopérative, tout a été beaucoup plus simple à penser. On a créé la coopérative alors que nous n'avions toujours pas de solution pour le local, parce qu'il fallait avancer et que, sans structure juridique, le projet s'enlisait." Les femmes invitent le village à une réunion pour expliquer leur projet, à laquelle une septantaine de personnes participe. Une quinzaine de personnes souscrit immédiatement à la sortie de la réunion : la coopérative était née.

Restait la question du local. L'équipe cherche alors à louer l'ancien bâtiment mais les questions administratives de la faillite du premier magasin et de l'inondation mettent des bâtons dans les roues. "C'est quand la Sowecson nous a proposé de financer l'achat du bâtiment que tous les problèmes ont trouvé une réponse. Jusque là, nous étions coincées: on ne pouvait pas réaliser les travaux de rénovation car le bâtiment n'était pas à nous mais nous n'avions pas assez d'argent pour l'acheter."  Tout va ensuite très vite, les travaux sont réalisés et l'équipe fait appel à deux femmes décoratrices d'intérieur pour concevoir le mobilier et l'aménagement en bois de palettes récupéré.

En quelques mois, le petit magasin est prêt à rouvrir.  Il a gagné dans l'aventure un joli relifting, une dynamique équipe aux commandes, des clients devenus coopérateurs, qui ne rechignent d'ailleurs pas à retrousser les manches, mais surtout une belle cohésion sociale. Derrière Bee-ô-village, c'est tout un village qui se tient.

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c'est la confiance
qui fait label

Des femmes et une coopérative

Si les hommes sont présents dans le Conseil d'administration ou parmi les coopérateurs, le projet est résolument féminin. "Bee-ô-village, ca a toujours été un projet de femmes. Au départ, ce sont les amies de Fettouma qui se sont mobilisées. Je crois que, d'une manière ou d'une autre, les changements dans le monde viennent aujourd'hui des femmes qui aspirent à un autre mode de relations et de vivre ensemble" sourit Kathleen, convaincue que les femmes fonctionnent davantage à l'idéal que les hommes et qu'elles sont de ce fait plus réceptives aux changements qui sont en marche.
Dans le magasin, d'ailleurs, une grande attention est portée au bien-être et même aux questions énergétiques. Kathleen, professeur de yoga et de reiki y est très sensible. Le choix des produits qui garnissent les rayons reflète aussi un fort engagement environnemental et social partagé par les villageois. L'envie de consommer juste et durable et de se faire du bien.

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Les changements

dans le monde viennent aujourd'hui beaucoup des femmes.

un magasin qui fait du bien

Dans l'épicerie de Fettouma déjà, un petit rayon bio avait progressivement pris de l'ampleur et avait atteint 20% du chiffre d'affaires. Dans Bee-ô-village, c'est tout l'assortiment qui est choisi pour ses qualités environnementales et sociales. Des produits en vrac, près de 200 références, des graines en passant par les produits d'entretien, des produits bio, des produits locaux de plus en plus présents garnissent les rayons.

"Dès qu'on peut, on remplace les produits "standards" par des produits locaux. Mais local, cela ne veut pas forcément dire bon. Nous allons donc à la rencontre des producteurs de la région pour voir comment ils travaillent." L'équipe teste les produits qu'elle met en rayon et privilégie la qualité plutôt que les labels. "Certains de nos producteurs travaillent de manière tout à fait durable et avec des standards parfois plus élevés que ce qui est demandé pour le bio mais ne sont pourtant pas labellisés. Ils sont parfois trop petits pour pouvoir payer la labellisation." Mais les clients du Bee-ô-village ont appris à se fier au jugement de Kathleen et de son équipe. C'est la confiance qui fait le label.

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du projet citoyen a l'engagement professionnel

Si Kathleen est dés le départ très présente aux côtés de Fettouma et dans les premières discussions, elle n'a pourtant jamais envisagé être investie quotidiennement dans la gestion de la coopérative. Cette juriste, maman de 3 enfants qui n'en sont déjà plus, a entamé sa carrière au barreau où elle est restée pendant 8 ans. Mais "au bout d'un temps, j'ai réalisé que je ne me réalisais pas dans mon travail. Que ce n'était pas ma voie." Elle change alors radicalement de direction et devient professeur de yoga et donne notamment cours en prison. "Ce qui est rigolo, c'est que j'ai fait le droit parce que mon père m'a dit à l'époque que le droit menait à tout. Pour moi, cela s'est révélé particulièrement vrai mais sans doute pas dans le sens que mon père imaginait. Le droit m'a menée au yoga, à la santé, à la conscience. Je suis convaincue que c'est l'avenir et pour nous et pour l'environnement."

Aujourd'hui, les trois fondatrices de la coopérative y sont toujours actives à différents niveaux. Kathleen gère la coopérative avec l'aide de l'équipe en magasin. Au départ, ce n'était pas prévu comme cela mais Kathleen s'est adaptée à la situation. Dans le magasin, une équipe de deux vendeuses qui va bientôt s'élargir car le magasin ne désemplit pas : "Tous les jours, nous avons des nouveaux clients. Notre situation sur l'axe routier principal est une des raisons de notre succès. Les navetteurs s'arrêtent facilement sur le chemin du retour pour faire leurs courses. Et la convivialité fait le reste" se réjouit Kathleen.

La convivialité et la création de liens sont au coeur du projet de ces femmes qui se sont battues pour sauver leur petit magasin. Il ne s'agit pas seulement de vendre des produits de tous les jours mais de créer du lien et d'ouvrir un espace pour la rencontre au sein du village. Les animations et les ateliers que l'équipe organise régulièrement y sont certainement pour quelque chose mais l'attention avec laquelle les clients sont accueillis pour beaucoup.