Vinciane (Cyreo)

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plutôt déterminée

"On dit souvent que les femmes sont averses au risque. Moi, je suis plutôt du genre déterminé."

Dans un grand hangar à quelques centaines de mètres de la garde de Gembloux s'alignent de hautes  étagères chargées de petits électroménagers qui attendent d'être réparés, nettoyés, bichonnés, avant de reprendre le chemin d'une nouvelle maison. Vinciane, ingénieure en procédés, est aux commandes de la coopérative Cyréo, spécialisée dans la valorisation des déchets. Son objet social  ? L'insertion socioprofessionnelle des personnes les plus fragiles éloignées du marché du travail. Ses outils ? Le travail sur le terrain, la patience, la persévérance et la bienveillance. Ses victoires ? Réussir à pérenniser une activité économique viable tout en poursuivant un objectif d'insertion socioprofessionnelle.

Petite histoire d'une entreprise pas comme toutes les autres qui offre une place à chacun et d'une entrepreneure pour qui l'entrepreneuriat social et collectif s'est imposé comme une évidence.

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Une femme chez les ingénieurs

Vinciane, la petite quarantaine, ingénieure en procédés, aime les sciences appliquées et les questions techniques : « ce que j’aime dans ma formation, c’est d’utiliser les sciences pour les appliquer au quotidien et trouver des solutions concrètes sur le terrain. » A l’époque où elle doit choisir sa filière de formation, elle est l’une des rares femmes à entamer un cursus en ingénieur civil – moins de 10% des étudiants sont alors des femmes. Dans cet environnement essentiellement masculin dans lequel elle évolue facilement, « des liens plus forts entre filles se créent naturellement », dit-elle dans un sourire qu’on pourrait croire nostalgique.

Son premier job, elle le décroche chez Tractebel comme chef de projets dans un département encore émergent à l’époque : les énergies renouvelables. Au bout d’un an et demi, elle quitte le monde industriel pour rejoindre ce qui est alors encore une toute petite ONG, Ingénieurs sans frontière. Elle contribue à y développer une filière spécialisée dans la valorisation des déchets et met notamment en place à Kigali une filière de valorisation de déchets végétaux en briquettes de combustible pour laquelle elle sera d’ailleurs récompensée par le Prix de la vocation.
Quelques années plus tard, elle postule chez Ressource, la fédération des entreprises d’économie sociale actives dans la réduction des déchets où elle devient chargée de missions pour les filières textiles et déchets électriques et électroniques.

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Au pays des ressources durables

« Ressources représente les acteurs du secteur auprès des pouvoirs publics. Mon job, c’était de faire du lobbying auprès de ceux-ci pour que les décisions prises aillent dans le bon sens ; il fallait aussi travailler à mettre en réseau les entreprises du secteur, les inciter à développer des projets communs, promouvoir la qualité du travail en leur sein…  Essentiellement un boulot de fédération » se souvient-elle. Au bout de quelques années, Vinciane ressent le besoin d’être sur le terrain,  « plus en contact avec les bénéficiaires des actions d’insertion socioprofessionnelle. »

Les quelques années d’expérience dans le secteur de la récupération lui ont donné des idées. « Au fil des années, j’avais identifié des créneaux avec du potentiel de développement. J’ai commencé à plancher sur un projet d’entreprise et à en parler autour de moi. Les gens étaient intéressés mais, comme je travaillais encore, cela avançait lentement. Je ratais des opportunités. On dit souvent les femmes averses au risque. Moi, je suis plutôt du genre déterminé » Et, en effet, pour dégager de la force de travail et gagner en crédibilité, Vinciane décide de sauter le pas : elle donne sa démission ? Les premiers mois, nécessaires au lancement de la coopérative, elle travaillera comme bénévole. Mais finalement, Les choses s’enchaînent assez vite : un mois après avoir quitté son emploi, la coopérative est créée, en févier 2015, et les activités commerciales à proprement parler ne tarderont pas à suivre.

  Quand on est entrepreneur, il faut sans cesse réinventer son métier. Rien n’est jamais figé. Il faut pouvoir changer de plan en fonction du contexte.

Quand on est entrepreneur, il faut sans cesse réinventer son métier. Rien n’est jamais figé. Il faut pouvoir changer de plan en fonction du contexte.

Une mission sociale, un outil commercial

L’économie sociale a toujours tenu à cœur à Vinciane, qui n’envisage pas une minute de lancer une société commerciale. « Si on a hésité sur la forme – coopérative ou asbl -, on a jamais douté de la mission sociale de notre future entreprise. L’économie sociale propose un modèle d’économie alternative où l’humain est placé au centre. » Les activités sont  développées de façon à maximiser l’intérêt collectif, contrairement aux entreprises commerciales où l’intérêt particulier prime.  Pour Cyréo, le modèle coopératif s’est rapidement imposé. « Nous devions trouver un modèle qui permette de générer des recettes et avoir un fonctionnement similaire à celui d’une entreprise où on vend un service ou un produit. Nos activités, si elles poursuivent un objectif social, sont toutefois des activités marchandes. »

 

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Quand on est entrepreneur,

il faut sans cesse réinventer son métier.
Rien n’est jamais figé.
Il faut pouvoir changer de plan en fonction du contexte.

Récupération, valorisation

La première filière développée au sein de la nouvelle coopérative est celle de la récupération du petit électroménager réputée peu rentable. Entourée de ses tout premiers ouvriers, Vinciane sillonne la Wallonie pour collecter les machines abimées qu’il faudra ensuite réparer et nettoyer avant de les mettre en vente. L’activité rencontre un fort capital de sympathie mais Vinciane sait qu’elle n’est pas rentable : « nous avons choisi cette filière car elle nous permettait de commencer rapidement sur le terrain mais nous savions qu’elle ne suffirait pas. »

Les premiers mois, un stagiaire écoconseiller réalise un travail d’identification de filières porteuses et, de fil en aiguille, Cyreo se lance dans la récupération des bâches publicitaires et dans la récupération des pierres tombales, à l’origine pour en faire des plans de travail. « En travaillant sur la filière des pierres tombales, on s’est aperçu que, dans les cimetières, il y avait un réel besoin d’entretien. On a changé nos plans et on a ouvert un service d’entretien vert des cimetières. Quand on est entrepreneur, il faut sans cesse réinventer son métier. Rien n’est jamais figé. Il faut pouvoir changer de plan en fonction du contexte. »

Des travailleurs au travail

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L’idée dans le choix des filières développées par la coopérative, c’est avant tout de mettre au travail des travailleurs de tous types de profils, y compris ceux qui n’ont ni expérience ni  compétence  ou qui sont éloignés du marché de l’emploi pour des raisons plus personnelles – maladies, assuétudes, logement, etc..  « Nous avons adopté comme postulat que les problématiques environnementales sont des occasions de créer de l’emploi pour les travailleurs éloignés du marché de l’emploi, deux dimensions qui sont, selon moi, interconnectées. »  La vigilance dans la poursuite de cet objectif est parfois de rigueur et il est parfois tentant de se laisser convaincre par l’argument de la rentabilité au détriment de la dimension sociale : « Quand on choisit nos stagiaires, il faut parfois se rappeler que c’est leur insertion que nous poursuivons et pas – forcément ou uniquement – la rentabilité de la filière. »

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Nous vivons dans une société qui laisse sur le côté les personnes les plus fragiles. Mon moteur à moi, c’est l’impact concret qu’on a sur nos stagiaires, en terme de stabilité et d’ouverture d’horizons. C’est ce qui me nourrit au quotidien.

 

 

Pour en savoir plus

https://www.cyreo.be/
info@cyreo.be
+ 32 0489 87 39 37   
Chaussée de Wavre 37 - 5030 GEMBLOUX

Anne-Catherine de Neve