Méline

Dans la jolie boutique nichée au sommet d'une petite rue du centre de Braine-le-Comte, bocaux, bidons, bouteilles et autres armoires à vrac dessinent sur les murs de jolis motifs colorés. Légumes et fruits de saisons se disputent la vedette sur les étals, tandis que fromages et autres charcuterie attendent leur heure bien au frais. Arpentant les rayons, montant, descendant, remplissant, vidant, empaquetant, répondant, souriant, Méline, la petite vingtaine, règne en maîtresse sur le magasin Ekivrac, tout de bois revêtu.

1.jpg

Méline

C'est le magasin qui a vraiment changé ma vision des choses. Aujourd'hui, je fais attention à ce que je consomme dans ma vie privée.

Pour se jeter dans le monde du travail, Méline, 23 ans, n'a finalement pas perdu de temps. Après un premier diplôme en marketing bouclé à ses 21 ans et quelques petits boulots comme animatrice de vente dans les grands magasins, elle entame une formation de manager de magasin, organisée par le FOREM à Charleroi. Quelques temps plus tard, son frère qui lance un magasin en vrac lui propose de lui donner un coup de main pour l'ouverture.

Très rapidement, le magasin trouve sa clientèle et ne désemplit plus. La charge de travail quotidienne est trop importante et Méline entre officiellement dans l'aventure comme gérante du magasin. Un premier contrat à temps plein et à durée indéterminée qui change la vie de la jeune femme.

Vous avez dit durable ?

Jusqu'alors, Méline n'est pas particulièrement sensibilisée aux questions environnementales et ne se pose pas de question sur nos modes de consommation. Au contraire sa formation de marketing l'a davantage baignée dans l'univers des grandes marques et des grandes enseignes. Par contre, son frère, Géraud, s'est toujours montré plus anticonformiste, "très opposé aux grandes marques et à la consommation de masse. Il se posait déjà beaucoup de questions sur l'impact de noter consommation sur l'environnement. Du coup, il a très vite eu l'idée d'ouvrir sa propre épicerie, dans laquelle il ne vendrait que des produits qui lui plairaient. Il a toujours été aussi très attentif aux déchets et donc l'idée du vrac est venue tout naturellement s'inscrire dans le projet" se souvient la jeune gérante.

La jeune femme, qui a des réelles compétences de gestion, découvre un univers qu'elle ne connait pas : "J'étais un peu perdue au départ. C'est seulement une fois que j'ai commencé à travailler ici que ma vision a changé et que j'ai commencé à m'informer et même à changer mon mode de vie."  Elle adopte progressivement une attitude de simplicité volontaire et cherche à réduire l'impact de sa propre consommation.

1 (4).jpg

Une coopérative très familiale

C'est l'achat d'une ancienne maison par ses parents qui donne l'occasion au frère de Méline le déclic pour lancer Ekivrac. A l'époque, la maison est en ruine et il faut tout repenser. L'entreprise est de taille car la maison n'est pas forcément adaptée à un commerce de ce type. C'est la cousine de l'entrepreneur, architecte d'intérieur, qui se chargera de dessiner l'agencement, des amis qui viennent mettre la main à la pâte dans le chantier, un ami de la famille qui l'aidera pour le choix des produits et des fournisseurs.

A la comptabilité, le papa de Méline dont c'est le métier et, jamais très loin, la maman qui a elle-même géré un commerce avant la naissance de sa fille et qui fait partie de la coopérative. Un mode de fonctionnement familial réglé comme du papier à musique : "Toute la famille s'y est mise pour le lancement. Encore aujourd'hui, on parle beaucoup à quatre. On est tous impliqués dans la coopérative."

Pour financer le lancement, le frère de Méline, qui n'en est pas à une idée près, lance un crowfunding via une plateforme de crowfunding qu'il lance dans la foulée, Ekifin. Les investisseurs ont le choix d'un financement de quelques dizaines d'euros en échange de denrées alimentaires soigneusement sélectionnées, ou d'acheter une ou plusieurs parts de la coopérative.

1 (9).jpg

Plongée en coopérative

Comme toute la famille, Méline est "réquisitionnée" pour préparer l'ouverture. Le jour de celle-ci, alors qu'elle fait la caisse, son frère lui souffle dans l'oreille : "Ca te dirait de tenir le magasin ?"  Méline n'hésite pas une seconde et signe son contrat un mois plus tard. Elle devient à 22 ans gérante d'une épicerie en vrac bio qui fait la part belle aux produits locaux.

Ce qui lui plaît dans son métier aujourd'hui, c'est assurément la qualité du contexte de travail. Brainoise depuis toujours, elle habite à un jet de pierre du magasin et fait tous ses déplacements en vélo. Avec son équipe, elle soigne les relations : " On est tous toujours content de venir travailler. Avec l'équipe, on fait attention à ce que ça se passe bien. On parle beaucoup." Le contact avec les coopérateurs est aussi très important pour la jeune femme. "Avec nos coopérateurs, il y a un vrai lien qui s'est créé quand ils sont venus pour signer leur prise de part ou qu'ils viennent faire leurs courses dans le magasin. On partage la même vision des choses et ils ont le sentiment d'avoir fait quelque chose de bien, d'utile en soutenant un projet comme le nôtre. On avance tous dans un but commun." Ce qu'elle aime, c'est d'avoir des échanges avec eux, de faire papote. Le fait d'être une épicerie de quartier contribue aussi à créer du lien. 

Si elle n'avait pas pris l'aventure de son frère à bras le corps, Méline n'a aucune idée de ce qu'elle aurait fait. Elle aime son métier et pense bien le faire : "Quand j'ai commencé, on m'a dit que je n'avais pas l'étoffe pour gérer un magasin et une équipe. Sans doute parce que j'étais encore très jeune. Mais je sais que je fais ça bien parce que j'aime ça."

Depuis, le frère de Méline a ouvert un deuxième magasin en coopérative à Casteau et un troisième, ouvert depuis quelques mois à Nivelles.

Anne-Catherine de Neve